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Le Pitahaya



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Le Pitahaya : un fruit peu connu à faire découvrir en France


Tous les amoureux des cactées connaissent tous peut-être sans vraiment le savoir, le genre Hylocereus;
dont l'espèce la plus connue; H. undatus est un excellent porte-greffe pour de très nombreuses variétés ornementales.

Le genre Hylocereus - (Berger) Britt. & Rose,
appartient à la famille - exclusivement américaine - des Cactaceae et compte une vingtaine d'espèces réparties entre l'Amérique Centrale et les Antilles.
Il tire son étymologie du grec "hulos" forêt et du latin "cera": cire, car ses représentants vivent en forêts tropicales et leur épiderme lisse paraît recouvert d'une mince couche cireuse.

Les représentants du genre ne correspondent pas vraiment à l'image habituelle que l'on peut avoir des "cactus".
Mais il en existe plusieurs centaines d'espèces qui, au cours des temps, se sont adaptées à des conditions fort différentes, y compris à la vie en forêt humide.
La concurrence impitoyable que se font les végétaux de ces zones et le peu d'aptitude à une croissance rapide ont fait que certains d'entre eux ont évolué vers un mode de vie épiphyte pour atteindre la lumière et se maintenir "au sec", là où leur succulence est un atout de survie.

Les Hylocereus sont appelés à tort les "cactus sans épine".
Ce sont des lianes sans feuille aux longs rameaux articulés, charnus, ailés et généralement triquètes, lisses et glabres mais pourvus de courts aiguillons aux auréoles des angles.
Ils sont munis de nombreuses racines aériennes qui leurs servent de crampons et leur permettent de se fixer solidement à leur support.
Ils produisent d'immenses fleurs très odorantes et éphémères qui s'ouvrent la nuit, ainsi que des fruits charnus et comestibles.

Les espèces semblent mal connues et encore peu étudiées.
En ce qui concerne l'espèce la plus populaire, par exemple, les incohérences nomenclaturales sont évidentes dans l'attribution des équivalences synonymiques :
- M. KROFNLFIN dans "le Bon Jardinier": H. undatus (Haw.) Britt. & Rose = H. triangularis Shum., = H. triangularis L.
- J. FOURNFT - "flore des phanérogames de Martinique & Guadeloupe": H. trigonus - (Haw.) Safford. qui est une espèce différente, H. lemairel - W. Book. = aussi H triangularis - Britt. & Rose.
On trouve encore, sans nom d'auteur cette fois: H. undatus = H. triangularis...

Depuis les premiers voyages en Amérique "l'espèce" est encore peu connue.
Mais c'est surtout depuis le retour de l'expédition d'HUMBOLT - lorsqu'elle fut offerte par BONPLANT à l'Impératrice Joséphine en 1808 - qu'elle est utilisée par les horticulteurs.

Mais, de quelle espèce s'agissait-il exactement ? Tout cela est assez confus et confondant.

Faute d'avoir les éléments nécessaires pour trancher et comme, par ailleurs, le taxon spontané du Costa Rica ne correspond parfaitement ni à H. undatus, ni à H. lemairel, nous rejoindrons, ne pouvant faire mieux, les botanistes locaux et STANDLFY qui ont fait tout naturellement H. costaricensis.

Hylocereus costaricensis...

n'est pas exactement une épiphyte, dans la mesure où il garde, dans la grande majorité des cas, un contact nourricier avec le sol et en tire humidité et matières nutritives.
La croissance dans l'ombre du sou&bois peut être laborieuse et assez lente, mais dès que les longues tiges raides qui se sont hissées le long des troncs ou des murs atteignent la lumière, elles se ramifient rapidement et peuvent se développer de manière phénoménale jusqu'à peser plusieurs centaines de kilos par arbre en laissant pendre des rameaux de 1 à 3 mètres.
Les tiges triangulaires et charnue sont ponctuées sur l'arrête des angles par des pincements réguliers contenant les auréoles à aiguillons. Ceux-ci, groupés par 3 - 5 sont de teinte brun clair et mesurent de 3 à 7 mm.
La plante entière a un aspect négligé et peu attractif.

Lorsqu'elle fleurit, en revanche, c'est une explosion d'immenses fleurs blanches et parfumées qui illuminent la nuit.
Elles brillent aux plus timides rayons de lune.

La fleur est une des plus grandes du monde, atteignant 25 cm de diamètre et plus de 30 cm de long.
Elle possède un ovaire infère logé à la base d'un tube long et étroit.
La corolle est acyclique, c'est à dire indistinctement différenciée en sépales et pétales.
On peut cependant voir une morphologie progressive entre les pièces externes, verdâtres, longues et étroites, et les pièces internes, très blanches, larges et courtes.
Les anthères, très nombreuses, forment une chevelure dense et étalée au centre le style blanc, épais, est surmonté d'un stigmate énorme (1,5 cm de diamètre) granuleux et globuleux, qui dépasse les anthères.

La floraison a lieu de nuit et ne dure que quelques heures entre 7 - 8 heures du soir et le lever du jour vers 5 heures du matin.
Dès l'aube la fleur entre en sénescence et commence à se refermer et se flétrir.
Elle est encore bien visible et relativement épanouie jusqu'au milieu de la matinée.
La fleur s'ouvre en quelques minutes, environ une heure après que la nuit soit tombée, en libérant un fort parfum assez proche de la tubéreuse et du jasmin, très attractif pour les pollinisateurs, qui sont, mais non exclusivement, des papillons de la famille des Spbingideae (Manduca sexta, M. rustica, M. ochus).
Au total, elle ne sera "active" que 5 heures.
Le nectar qui s'accumule au fond du tube profond d'une quinzaine de centimètres n'est accessible qu'aux papillons nocturnes possédant une très longue trompe. Même les espèces les mieux adaptées doivent, pour l'atteindre, pénétrer la corolle de telle manière que les battements rapides et vigoureux des ailes dispersent le pollen qui se dépose en partie sur le corps où il est retenu par une pilosité abondante. La production de nectar est assez pauvre, Si bien que les pollinisateurs font de courtes mais nombreuses visites - jusqu'à 10 - successives dans chacune des fleurs. La pollinisation croisée est ainsi très grandement favorisée.

L'émission de l'odeur comme la sécrétion du nectar sont intenses durant seulement 3 à 4 heures et commencent à diminuer sensiblement vers il heures.
Les épisodes de floraison sont synchronisés la même nuit dans une même zone pour toute une génération de boutons qui peuvent attendre à l'état latent durant plusieurs semaines.
Ces épisodes se succèdent irrégulièrement durant la saison des pluies et correspondent toujours aux plus fortes périodes pluvieuses.
Le parfum suave et puissant est perceptible (pour l'homme) jusqu'à plus de 100 mètres.

Le fruit comestible est une grosse baie carmin violacé, presque ronde, de la taille d'une orange (6 à 10 cm de diamètre) dont la peau est formée d'écailles foliaires charnues.
La pulpe douce, parfumée et très sucrée, est d'une texture juteuse rappelant celle des kiwis, et également d'un rouge violacé presque fluorescent.
Les milliers de petites graines noires dépourvues de périspermes sont si ténues et si peu dures qu'on ne les sent pas en bouche.

C'est un fruit intéressant, agréable à voir et à manger.
Il est malheureusement un peu fragile et pour cette raison difficile à commercialiser.
Il est largement consommé au Guatemala qui serait le pays d'origine de la variété cultivée.

Au Costa Rica, il ne fait pas l'objet d'une culture commerciale, mais il est apprécié dans les jardins familiaux, et bien connu des enfants, qui le recherchent dans les bosquets où la plante envahit certains arbres.

Monique Daubresse Balayer
Société de Botanique et d'Ecologie Végétale
BP 1632, 1250 Escazù - San José COSTA RICA
Fax : (506) 228 13 40
sobcev@sol.racsa.co.cr

Références :
BURTUN. & Coîl. - 1992 - "Le Bon Jardinier" 153 éme édit. 3 vol. 2881 p. - La Maison Rustique. Paris France
FOURNET J. - 1978 - "Flore illustrée de Guadeloupe & Martinique"-INRA- 1593 p.
JANZEN H. & 174 colaboradores - 1994 - 6 ème édit. - "Historia natural de Costa-Rica" - Universidad de Costa-Rica - 822 p.
PIZZETTI M. - 1978 - "Piante grasse" 175 p. Arnodo Mondadori éd. Milano Italie
SUBIK R. & RIHA J. - 1983 - "Encyclopédie des cactus" - 350 p. GRÙND éd. Paris




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