|
La présence de chaque espèce dans un système donné est
étroitement liée à celle des autres : arbres, oiseaux, mammifères,
insectes et micro-organismes du sol vivent en relation intime.
L'association de cultures favorise la création de milieux riches, diversifiés et plus équilibrés.
Une couverture végétale est créée, elle protège le sol de l'érosion, favorise
l'infiltration de l'eau, réduit l'évaporation et par sa décomposition,
améliore la fertilité et la structure du sol.
Les poisons violents que sont les insecticides et pesticides, utilisés pour détruire
les pucerons (ou autres) ne sont pas sélectifs et tuent aussi les abeilles et insectes
pollinisateurs, les oiseaux, les araignées et les petits animaux (grenouilles, crapauds, hérissons ...).
De plus, une part retombe infailliblement sur le sol, atteignant
vers de terre, champignons, bactéries et insectes bénéfiques du sol…
Une "plante compagne" est une espèce végétale qui favorise,
de quelle manière que se soit, une autre espèce végétale.
Les processus utilisés par certaines plantes pour s'influencer
les unes les autres ne sont pas connus exactement.
Certains types de relation impliquent le dégagement d'odeur ou de gaz qui
repousse les insectes parasites ou contrôle les maladies.
D'autres, par la libération d'exsudats racinaires, permettent de retarder
(ou d'activer) la croissance des plantes voisines.
La plupart des insectes parasites cherchent leur nourriture à l'odeur et de façon sélective :
des espèces aromatiques et amères complantées en abondance permettent de masquer les odeurs,
brouillant le système d'attraction des insectes.
Les fleurs sont essentielles comme source de nourriture de nombreux prédateurs.
Un grand nombre d'auxiliaires (coccinelle, chrysope, syrphe, acarien prédateur ...)
se nourrit du nectar et du pollen de certaines fleurs lorsque les populations
de ravageurs sont moins importantes.
De même, les prédateurs sont attirés par un couvre sol floral en raison des proies
qu'ils peuvent y trouver.
Les ravageurs les plus susceptibles d'être contrôlés en encourageant les auxiliaires
sont les papillons de nuit (carpocapse, tordeuse) ainsi que les pucerons et les tétranyques.
Il y a trois façons principales
d'aménager le verger pour favoriser les auxiliaires :
le couvre sol :
cultiver des cultures annuelles ou vivaces telles que le sarrasin, la phacélie,
la moutarde ou les légumineuses.
Elles se ressèment ou servent d'engrais vert qui stimule la vie du sol.
Dans le cas d'un couvre sol diversifié de légumineuses et autres plantes, il peut être
intéressant de faucher aux périodes critiques pour encourager les prédateurs à attaquer
les proies dans les arbres plutôt que celles du couvre sol.
le compagnonnage :
des plantes pérennes ou bisannuelles cultivées soit sous l'arbre,
soit directement à l'aplomb des frondaisons.
Adaptée au petit verger, cette techni-que permet d'attirer les insectes là où on le désire.
la zone florale ou la haie :
établir des zones protégées où sera cultivée
une diversité de plantes à fleurs attirantes.
Ces zones de toutes tailles, sont éparpillées dans le verger pour créer des sortes de "centrales à insectes".
Une grande diversité de plantes et de fleurs peuvent être utilisées pour encourager parasites et prédateurs.
Elles doivent cependant être choisies avec précaution car il ne s'agit pas d'accroître
la diversité des plantes à l'aveuglette : la complémentarité et la fonction des espèces
végétales sont plus importantes que leur nombre.
Les règles d'un bon compagnonnage entre les végétaux :
Associer des familles d'espèces différentes permet de diminuer l'incidence du parasitisme
et de réduire la concurrence pour les éléments minéraux spécifiques
Associer en fonction de la forme végétative des espèces (racines profondes et racines superficielles)
permet de rationaliser l'espace, les plantes pouvant s'imbriquer les unes et les autres.
De plus, les plantes de forme végétative différente n'ont pas les mêmes besoins en éléments minéraux.
association en fonction de la saison et du temps de croissance des végétaux ou en fonction
des exigences physiologiques des espèces (croissance lente et croissance rapide, de petite
taille aimant l'ombre et grande avide de soleil, protection contre le vent ...).
Il n'y a pas de remèdes magiques pour tous les problèmes de parasitisme et de maladie :
un sol riche en humus, sain et fertile constitue la première ligne de défense qui permet que
l'équilibre naturel entre les prédateurs et les parasites, se maintienne.
Jusqu'à ce que cet équilibre soit atteint, les plantes peuvent servir à minimiser les attaques
des insectes et à contrôler les maladies.
Bien entendu, leur influence ne se ressent bien que lorsqu'elles sont parfaitement installées
(rarement la première année).
Quelques familles de bonnes "compagnes" au verger :
Pour les arbres fruitiers, de nombreux problèmes sont écartés si l'on traite,
avant l'hiver et au début du printemps, avec un badigeon à base de bouse de vache,
de poudre de diatomées et d'argile très fine, mélangées à une infusion de prêle.
De nombreuses plantes leur sont bénéfiques : ortie, ail, ciboulette, tanaisie, raifort, citronnelle, capucine…
Les aromatiques :
Elles ont toutes un effet bénéfique sur les autres plantes.
Parmi les plus connues on trouve la santoline, la rue, la lavande, le romarin, la sauge et la menthe.
Elles sont, soit récoltées et séchées (poudre) pour protéger des rats et des limaces
ou empêcher les insectes de manger les graines (semis), soit plantées à proximité pour
leur influence bénéfique sur fruits et légumes : elles améliorent la vigueur et contribuent
à éloigner les insectes ravageurs (dessus et dessous la surface du sol).
La rue : la plus amère des "bonnes herbes", est une excellente répulsive.
Les insectes parasites détestent son odeur âcre et amère au plus haut point :
quelques feuilles de rue posées sur des nids de pucerons les font disparaître.
Son purin est aussi efficace.
Les feuilles peuvent être séchées pour préparer une poudre à maint usage :
- les semences enduites de poudre avant d'être mises en terre sont protégées contre la plupart des parasites.
- la poudre épandue autour des jeunes plants les préservera des insectes.
Elle est une bonne compagne pour les framboisiers.
Les menthes :
toutes les espèces possèdent une odeur caractéristique, avec de nombreuses nuances.
Elles ont la faculté de repousser nombres d'insectes parasites.
Elle repousse la fourmi et donc lutte contre les pucerons noirs (amenés par les fourmis).
La menthe attire aussi plusieurs espèces de mouches bénéfiques.
Menthe poivrée (mentha piperita) est la meilleure variété à utiliser à cause de son odeur très forte.
Une aspersion de menthe poivrée écarte les rongeurs et quelques brins placés près des bulbes
et des semences aideront à les protéger des carnivores (à la réserve ou durant les semis).
Les tiges sont coupées durant l'été et mises à sécher : la poudre de feuilles pourra être utilisée toute l'année.
Menthe Pouliot (mentha pulegium) appelée "herbe aux puces" possède une odeur que détestent
les fourmis, les moustiques, les mouches et les puces des chiens et des chats.
Elle repousse également les altises.
L'ail et les membres de sa famille : Ciboulette, Echalote, Oignon, et l'Ail ornemental.
Cette famille (Allium) possède des propriétés répulsives et est une des plus efficaces pour repousser les insectes.
Ciboulette : se plante près des pommiers pour prévenir de la tavelure, de la gale et des chancres.
Utilisée en infusion, elle permet de lutter contre le mildiou des groseilliers ou contre la rouille de la menthe.
A pulvériser contre la tavelure et pour venir à bout de la gale des pommiers.
On l'utilise aussi contre l'oïdium et l'anthracnose des groseilliers à maquereaux.
Ail : planté aux pieds des pêchers pour protéger de la cloque (comme l'oignon).
La poudre d'ail desséché protège les graines et jeunes pousses des oiseaux et des insectes.
Conserver les minces épluchures de peau, les mettre dans de l'eau (de pluie de préférence)
et laisser reposer durant 2 à 3 jours. Vous obtiendrez un insectifuge liquide très efficace
à diluer dans 3 fois le même volume d'eau pure pour pulvériser très finement contre les parasites.
Les composées :
Les asters, vergerettes et verges d'or sont des sources de nourriture à l'automne.
La tanaisie attire un grand nombre de coccinelles.
L'Anthémis est favorable aux guêpes et aux mouches parasites.
Les cosmos sont attirants pour les prédateurs et particulièrement les araignées.
Les fleurs de composées servent de sources de glucide pour les larves de chrysopes.
Les marguerites blanches et jaunes et l'achillée millefeuille sont également favorables aux auxiliaires.
Les crucifères :
La moutarde sauvage est une des sources de nourriture préférées des femelles d'Itoplectis conquisitor,
un parasite important du carpocapse.
L'alysse s'est avérée la plus prometteuse en attirant plus de 200 insectes bénéfiques par ravageur.
Elle est peu compétitive et n'attire pas les punaises, ni les pucerons.
Les crucifères du type radis, colza et navet ne sont pas indiqués pour attirer les prédateurs.
Les graminées :
Celles qui poussent sous les pommiers et poiriers gênent la croissance de leurs racines.
Les légumineuses :
Exemples de petites plantes légumineuses :
haricot, pois, trèfle, luzerne, esparsette, arachide, lespédéza, kudzu, vesce, soja, gesse …
Parmi les arbres et arbustes de cette famille on trouve :
chicot du Canada, févier, virgilier, genêts, robinier faux acacia, faux-indigo, mesquite …
En plus d'apporter de l'azote aux plantes voisines, elles peuvent attirer de nombreux auxiliaires
(punaises prédatrices et guêpes parasitaires) grâce à leur période de floraison très longue.
Les légumineuses permettent d'accroître le rôle des prédateurs du sol.
Les fruitiers et la vigne apprécient d'être complantés de légumineuses associées à la moutarde (15 %).
Les ombellifères :
Elles sont particulièrement attirantes pour un nombre important d'auxiliaires (carotte sauvage,
fenouil, panais sauvage...).
Plusieurs espèces de guêpes parasitaires possèdent des parties buccales courtes
qui ne leur permettent de n'atteindre le nectar que de ce type de famille de plantes.
Quelques compagnes et leurs usages par liste alphabétiques :
Les absinthes :
le purin est utilisé en action préventive et curative contre les pucerons,
les chenilles, les altises et les mollusques.
Calendula (Souci) : émet la même odeur âcre que les oeillets, un peu moins forte.
Camomille : l'infusion est efficace contre les maladies des jeunes plantes et limite le
dessèchement en serre et châssis. Elle renforce également les plantes et permet de lutter
contre les toutes premières attaques de pucerons.
Capucine : efficace dans la lutte contre les pucerons. Plantée au pied des pommiers, elle prévient
contre le puceron lanigère (dans ce cas on la laissera pousser autour du tronc).
L'infusion de capucine est à pulvériser en cas d'infestation dans les serres, elle écarte les Aleurodes.
Chardon et Fougère : en mulch, ils protègent des limaces et des escargots, les deux plantes sont
idéales autour des fraisiers.
Consoude : riche en oligo-éléments et en minéraux, le purin a des vertus fertilisantes.
Il renforce les végétaux contre les parasites et les maladies.
Consoude
Erable : son système radiculaire dense et superficiel secrète des substances qui inhibent de nombreuses plantes.
Ses feuilles ont cependant un remarquable pouvoir de conservation : disposées en couches avec des pommes,
carottes, pommes de terre et autres racines.
Epicéa : est agressif et hostile aux autres arbres mais le mulch d'aiguilles améliore la vigueur
et la résistance des fraisiers ainsi que le goût des fraises (comme les aiguilles de pin).
Euphorbe : plantée près des jeunes arbres, elle peut empêcher le mulot de grignoter les troncs
et repousse la taupe et le rat.
L'euphorbe petit cyprès a cependant un effet très nuisible sur le raisin car elle rend la vigne stérile.
Fougère : le compost à base de fougère est favorable aux semences d'arbre car il encourage la germination.
Le purin non dilué peut être utilisé contre les limaces et les insectes (pucerons, mouches mineuses, acariens…)
Fraisier : en plus du mulch d'aiguille, il apprécie particulièrement la compagnie de la bourrache,
l'épinard, la laitue et le haricot blanc.
Framboisier : n'apprécie pas la ronce.
Genêt à balai : le purin a une action répulsive sur différents papillons.
A utiliser non dilué, préventivement, au moment des vols.
Giroflée : est utile aux pommiers...
Groseilles à maquereaux : situés au voisinage de tomates, sont protégés de l'attaque de certains insectes.
Houx : il aide à drainer les sols humides.
C'est le seul arbuste non "légumineux" qui libère de l'azote dans le sol.
Hysope : planté près des vignes, il augmente la récolte de raisins.
L'infusion est utilisée contre les maladies causées par des bactéries.
L'hysope bleu repousse particulièrement les insectes (mais aussi le rose et le blanc).
Lavande : antimite bien connu, la lavande a d'autres vertus insecticides.
On l'utilise sous forme de purin ou de plante compagne pour lutter préventivement contre les pucerons et les fourmis.
Limaces : un mulch d'écorces ou de feuilles de chêne les éloigne (comme la larve du hanneton).
Grâce à son goût amer, quelques gouttes d'infusion d'absinthe sur le sol les repousse.
La cendre de bois leur font sécréter une telle quantité de bave qu'elles meurent d'épuisement,
de même si on les asperge de sel (!).
Molène : attire la punaise de la molène qui attaque voracement les tétranyques et les pucerons.
Malgré son efficacité, ce prédateur peut s'attaquer aux pommes provoquant des verrues sur les fruits.
Oiseaux : sont indispensables pour détruire les insectes nuisibles.
Arbustes attirants par les graines ou les fruits :
micocoulier, sureau, mûrier, merisier, cornouiller, épine vinette, viorne…
Origan : repousse les parasites de la vigne.
Orme : la vigne qui grimpe sur les ormes porte d'excellents raisins.
Oeillets d'Inde (tagetes) : famille de grande valeur pour repousser les insectes qui attaquent
la partie aérienne des plantes mais aussi les parasites qui attaquent les racines.
Ils possèdent une odeur acre et piquante que beaucoup d'insectes ne supportent pas :
c'est un des meilleurs moyens d'écarter la "mouche blanche" (aleurode), les pucerons et les altises.
Ils contiennent une substance dans les racines qui tuent les nématodes qui attaquent les racines de beaucoup de plantes.
Le grand tagetes africain (tagetes minuta) est utilisé contre le chiendent et les autres
mauvaises herbes à racines riches en amidon.
Ortie piquante : une des plantes les plus importantes et les plus utiles aux jardiniers.
Elle sert de nourriture aux chenilles de divers papillons, vulcains, vanesses et paons.
Très riche en oligo-éléments et minéraux, elle sert de compagne aux arbres fruitiers charnus et
aux plantes médicinales.
Le purin d'orties est utilisé en prévention des maladies cryptogamiques et en fortifiant.
Pêcher : la cloque peut être guérie avec un mélange de décoction de prêle, de purin d'ortie et de fumier de pigeon
(12 litres par arbre).
Phacélie : est une plante très attirante pour un grand nombre d'insectes bénéfiques en
plus d'être une des plus mellifères.
Elle attire particulièrement les syrphidés prédateurs de pucerons, les carabes et les parasitaires
de la cochenille de San José.
Pin : inhibe de façon notable la croissance des bactéries et la germination des graines (aiguilles).
Pommier : un compost à base de fumier de pigeon et d'infusion de prêle permet d'atténuer les attaques de gale.
Prêle : son fort pourcentage de silice permet de combattre à titre préventif et curatif les maladies
cryptogamiques (rouille, moniliose, cloque botrytis, mildiou et taches noires).
On l'utilise en décoction non diluée à pulvériser sur les feuilles développées
(diluer chaque fois qu'on l'utilise deux fois au même endroit).
Raifort : l'infusion sert contre les monilioses des arbres fruitiers.
Utiliser les jeunes feuilles et appliquer au début de l'attaque.
Rhubarbe :
on utilise l'infusion non diluée en traitement préventif pour lutter contre les teignes et pucerons noirs.
Sarrasin :
engrais vert populaire, attire les syrphidés et des insectes provenant de 21 familles d'insectes bénéfiques.
Sarriettes (sarriette des jardins et sarriette des montagnes) :
Souvent connues sous le nom "d'herbes aux fèves" car elles constituent d'excellentes
compagnes pour les fèves et haricots à rames.
Elles exhalent une odeur chaude, presque épicée qui a la faculté de repousser les pucerons.
Elles sont par ailleurs de bonnes plantes mellifères pour les insectes pollinisateurs.
Sureau noir : le purin de sureau est utilisé non dilué, en prévention pour lutter contre
les attaques des altises, noctuelles, thrips et pucerons.
Tanaisie : plantée sous les pêchers, elle éloigne les insectes volants nuisibles (lépidoptères)
et est efficace pour repousser le coléoptère japonais des vignes et framboisiers.
On utilise la décoction non diluée contre les aleurodes, altises, fourmis, mouches des légumes, pucerons, papillons…
Tomate : le purin de feuilles repousse la plupart des insectes (pucerons, altises, piéride, teigne …) ;
on peut accrocher le feuillage des tomates dans les branches des fruitiers.
Ses sécrétions racinaires inhibent la croissance des jeunes abricotiers.
Ses substances volatiles repoussent certains insectes qui attaquent les groseilles à maquereaux.
Valériane : spécialiste du phosphore, elle attire les vers de terre (appliquer une fois par mois en été)
et constitue un excellent tonique en pulvérisation.
Attention :
Fenouil et Absinthe (éloignent les papillons des charançons) ont une action d'inhibition
de la croissance de certains légumes (tomates en particulier).
Espèces végétales dont les fleurs favorisent les auxiliaires :
Panais, carotte, fenouil, aneth, coriandre, angélique, anis, cerfeuil, marguerite, tournesol,
topinambour, aster, verger d'or, achillée, nielle des blés, silène, lychnis, céraiste, lupin...
Plantes et arbustes à fleurs d'été exerçant une influence bénéfique :
Eglantier, sureau, buddleia, troène, verge d'or, bergamote, hysope, mélisse...
Bibliographie :
Guide pratique des associations de plantes en agriculture biodynamique - Hors série Nature et Progrès 1973
|