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Le poirier Sauger



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Le Poirier Sauger



par Richard Poulet

Dans le département du Cher, année 2000 ...


Lors de la préparation d'une sortie de découverte de la nature avec des scolaires dans le Pays Fort, au printemps 1997 un poirier a attiré mon attention...

Un poirier "normal" (d'une variété que je ne saurais identifier par manque de connaissance pomologique) était concurrencé par son porte greffe, celui - ci s'étant émancipé...

Ce dernier possédait des feuilles beaucoup plus allongées, en forme de feuille de sauge, très duveteuse sur la face inférieure tandis que les fruits étaient peu développés (l'observation se passant au mois de mai).

Après recherche sur différentes flores ("Tous les arbres de nos forêts" d'A. Mitchell chez Bordas p.294) , l'individu a été identifié comme étant un poirier sauger (Pirus nivalis).

Une autre visite en fin d'été a permis de voir les fruits développés et de constater une grosseur anormale par rapport aux flores, la taille normale étant de 4 Cm (chiffre donné par un pépiniériste vendant l'espèce type) alors que l'arbre présent avait des fruits plus gros (mais avec un dimorphisme quant à la grosseur et la forme assez accentué).

Leur peau était granuleuse, de couleur verdâtre avec du rouge du côté de l'ensoleillement, leur chair cassante et pierreuse, très astringente.

De nombreux mois passèrent après cette première rencontre printanière, puis, lors de la reconnaissance de circuits de promenade, en fin septembre de la même année, un deuxième arbre fût identifié comme appartenant à la même espèce, aux fruits semblables, mais l'individus n'avait pas été surgreffé.

au fil de mes pérégrination, pendant le printemps et l'été 1998, d'autres individus de la même espèce ont été repérés.

Ils étaient tous en forme de plein vent, vieux, aucun n'était surgreffé (contrairement au premier spécimen découvert) et ils possédaient tous les même types de fruits, pour les individus fructifiant encore. De plus, ils étaient tous placés en bordure de parcelle, soit en arbre isolé, soit en petit alignement (5 arbres maximum), soit intégré dans une haie.

En tout, 15 spécimens ont été vu. Tous ces arbres ont été repérés dans le Pays Fort, région naturelle du nord est du Cher et nulle part ailleurs pour le moment. Elle est absente du Boischaut du Cher bien que le petit livre " Le Poirier " de Claude Scribe dans la collection " Le nom de l'arbre " aux éditions Acte Sud signale sa présence vers La Châtre, dans le Boischaut de l'Indre (p. 35,36 et 37). Toutefois, la Société Pomologique étant présente dans cette zone et ne l'ayant pas mentionné, sa présence actuelle paraît discutable. A noter que, si le poirier commun se ressème grâce à la faune sauvage, aucun jeune sauvageon de poirier sauger n'a été repéré jusqu'à présent.

L'utilisation du fruit :

L'identification de l'espèce a vite permis de savoir comment les fruits étaient utilisés, l'élaboration de poiré à partir de cette espèce étant clairement expliqué.

Néanmoins, le témoignage de personnes se souvenant de son utilisation semblait s'avérer comme une aide précieuse.

Malheureusement, un premier témoins de 60 ans résidant à Concressault depuis sa naissance, où il reste quelques spécimens de poirier sauger, n'a pas pu indiquer son utilisation.

Il s'est malgré tout renseigné auprès d'un de ses oncles. Ce dernier a pu fournir une recette d'utilisation. Il fallait couper les poires, les laisser fermenter dans l'eau puis soutirer le jus fermenter.

Suivant la recette à la lettre, j'ai bien obtenu un liquide à la bonne odeur de poire mais il avait un goût très fade de flotte, impossible à faire fermenter bien que les poires y aient séjourné plusieurs mois (d'octobre 1998 à juin 1999).

Par contre, en coupant les poires pour préparer mon breuvage raté, j'ai pu m'apercevoir que, malgré leur dureté et leur chair cassante, elles étaient très riche en jus, donnant la même sensation que lorsque l'on coupe une orange.

Une autre utilisation, donnée par François Couplan, est la consommation du fruit lorsqu'il est blet, toutes les poires sauvages seraient consommables de cette manière. C'est vrais pour le poirier commun mais à déconseillé pour cette espèce, les fruits restant astringent même après brunissement.

La recette idéale pour l'élaboration du poiré avec ce poirier reste donc à découvrir, ou plutôt redécouvrir. Mais l'existence d'un verger conservatoire concernant cette espèce, à Château Renard, dans le Loiret, permet d'avoir de bons espoirs.

Description succinct des individus repérés par ordre chronologique de découverte :

Spécimen 1 : Arbre surgreffé d'une variété de poirier commun. Le porte greffe est identifiable car il s'est émancipé depuis de nombreuses années. Produit encore des fruits mais pas de bois jeune.

Commune de Blancafort, vers la ferme des Bardins.

Spécimen 2 : Arbre inclus dans une parcelle enfrichée. Un côté régulièrement broyé pour l'entretient des abords routiers. Produit des fruits et du bois jeune.

Commune de Neuilly - en - Sancerre, sur la D 231, vers le lieu dit Les Chênes.

Spécimen 3 : Arbre en état de dépérissement avancé à cause de l'ombrage d'une plantation de peupliers. Ne produit pas de fruits et pas de bois jeune.

Commune de Concressault, sur la D 8, vers le lieu dit La Jonchère.

Spécimen 4 : Arbre âgé mais sain, se trouvant dans l'enceinte d'une maison récente ayant conservée ce vieil arbre et la haie basse ancienne l'accompagnant.

Village de Concressault, sortie direction Vailly, sur la D 8. Produit des fruits et du bois jeune.

Spécimens 5 et 6 ( plus trois autres sujets dans la même situation repérés ultérieurement) : Arbres en bordure de la route Concressault - Vailly sur Sauldre (D 11), plus ou moins abîmés par des broyages répétés pour assurer l'entretient des abords routiers. Le n° 5 est à la sortie du village de Concressault et le n° 6, 50 mètres plus loin environ. Ces arbres produisent des fruits et du bois jeune.

Communes de Concressault pour les sujets 5 et 6, Barlieu et Vailly pour les autres.

Spécimen 7 : Arbre isolé, à peu près sain, en bordure de la route Boucard - Sens Beaugeu (D 74). Produit des fruits et du bois jeune.

Commune de Sens Beaujeu.

Spécimen 8 : Arbre inclus dans une haie haute. Produit des fruits et du bois jeune.

Commune de Sens Beaujeu, lieu dit Les Mâchereaux, près du Château de Boucard.

Spécimens 9,10,11,12 et 13 : Arbres placés en alignement le long d'une haie basse et ancienne. État sanitaire variant suivant les sujets. Tous sont producteurs de fruits mais deux seulement ont du bois jeune.

Commune de Jars. Lieu dit Les Biez.

Spécimens 14 et 15 : Arbres inclus dans une haie haute et ancienne, séparés de plusieurs mètres. Produisent des fruits et du bois jeune.

Commune de Jars, vers le château de Nancray, aux abords du chemin communale 1, au lieu dit La Ramière.

Localisation des différents arbres :

Voir la carte ci-dessous pour une vision globale des emplacements par rapport au département.

La région naturelle du Boischaut apparaît également car elle est cité dans le livre sur le poirier par Claude Scribe, collection " le nom de l'arbre " chez Actes Sud.

Conclusion :

Le poirier à feuilles de sauge semble typique du Pays Fort et totalement absent des autres régions naturelles du Cher. Le fait que de nombreuses haies aient été conservées dans cette zone à sans doute favorisé sa conservation mais les arbres isolés ont aussi été conservés. Pourtant, il n'existe plus d'avantage pratique à leur conservation, l'usage des fruits semblant totalement abandonné et cela depuis longtemps.

Il est étrange que l'autre grande région bocagère du Cher, le Boischaut, ne possède pas d'arbres de cette espèce. Néanmoins, elle possède encore un grand nombre de cormiers dont l'usage, justement, était de faire du cidre de corme.

En revanche, cette espèce est peu présente dans la zone à poirier sauger même si on la retrouve ça et là dans le Pays Fort, mais plus du côté sancerrois au sud est et de la Champagne Berrichonne au sud.

Le climat ouest de Pays Fort ne convenait pas au cormier ? Ou le climat est au poirier ? Ou est - ce une question de goût… ou de tradition ?

Il est difficile de répondre à la question. En effet, les sujets trouvés ne sont que des vestiges et donnent une image bien imprécise de l'importance de la production. De plus, cette espèce semble incapable de se ressemer naturellement bien que les fruits possèdent des pépins, de jeunes sauvageons n'ayant pas été trouvés, alors que le cormier possède cette faculté.

Une chose est sûre, le Pays Fort était un producteur de cidre élaboré avec différents fruits (poire, corme, nèfle, pomme...) pour la consommation ménagère au premier tiers du 20ème siècle. La proximité de Sancerre ne changeait pas grand chose, le vin était cher et la production n'était pas aussi développée que maintenant. A l'époque, vigneron n'était pas un métier envié.

Ma grand mère, née et élevée à La Borne, village typique du Pays Fort, n'a jamais connu le poiré ni le cidre de corme. Par contre, dans ce village, ils consommaient du cidre de nèfle, l'arbuste étant fréquent dans les bois de la région. Le vin n'était donné qu'au chef de famille à raison d'une bouteille par semaine.












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